Snoop-a-Loop's

Self-explanatory, innit?

14.6.06

The fat of the land

Le torse-nu, c’est mal. Il y a quelques années de ça, quand la nouvelle est sortie que les Ontariennes avaient gagné le droit de se promener à moitié à poil, tout le monde avait lâché un espèce de « râhhhhhh » collectif. Les gars, en tout cas. La rivière Outaouais avait même connu une crue assez inusitée, au beau milieu de l’été, alors que des milliers de Québécois envisageaient de se taper un petit jogging par le pont des Chaudières pour aller mater de la peau à Ottawa. L’écume qu’on voyait sur les flots de la rivière n’était pas celle de jours mais bien celle provenant de la bouche d’un tas de naïfs qui s’imaginaient que, d’un coup de baguette magique, les Ontariennes allaient soudainement être alléchantes et qu’Ottawa Beach allait devenir le nouveau St-Tropez. Rien de tout ça n’arriva, of course. Les Ontariennes qui voulaient se promener les seins nus étaient soit une illusion de l’esprit, ou alors des barriques. Who’d have thunk?

Ce qu’on oublie parfois, c’est que non seulement les Ontariens ont fait une jolie bêtise en permettant à n’importe qui de se dévoiler la poitrine dans nos faces, mais qu’ils auraient du prendre le chemin complètement opposé à celui choisi. À celles qui réclamaient l’égalité, il aurait mieux fallu répondre que l’on rendrait toute exposition d’un torse nu en public illégal. Parce qu’il y a peu de choses qui gâchent un bel après-midi ensoleillé autant qu’un fat ass qui se promène nonchalamment sur le trottoir en exhibant ses tatous, son lard, sa sueur et ses nipple-rings. À quoi ça peut ben servir, anyway, des nipple-rings, sur un gros geezer laid? J’ai failli demander, en voyant ça. J’aurais eu droit à un gros poing graisseux dans le nez, sans doute, et pas de réponse. Mais vraiment. Waste of time.

Sérieux, il y a deux types de gars qui se promènent torse nu. Il y a celui qui est minimalement fit, et qui ne peut s’empêcher de checker à droite à gauche en déambulant pour voir si son torse fait encore de l’effet. C’est exactement comme se promener en Camaro sur St-Cath, en écoutant les Respectables dans le tapis, le char et le bruit en moins. Loosers en cavale. Et puis il y a les autres, qui s’en sacrent juste trop. Ce qui est grossièrement indécent. Il y a un chapitre là-dessus dans le code civil, je suis sûr. À cause qu’on ne l’applique pas plus intelligemment?

J’ai entendu des flots crier « Vise un peu l’horreur » en pointant du doigt des grosses américaines en vacances arborant fièrement leur t-shirt bedaine, à Paris. Par ici, des écoliers se disaient entre eux « No!!! It burns my eyes », en parlant sensiblement de la même chose. La vérité sort tellement de la bouche des enfants, des fois.

12.6.06

Trop ça

Un bootleg de Clap Your Hands Say Yeah, ça livre pas mal exactement ce que ça promets. Clap-Yeah-Song.

Les dimanches pas à la con

Dis, ça te dirais, un dernier déjeuner ensemble, ce dimanche? Ce serait un peu comme la dernière cène, mais en plus tôt le matin. Bon, faut que je te dises, il n’y aura pas douze autres types avec moi, par contre. Désolé. Mais pas trop quand même. Si tu les voyais, aussi : look hippie tellement trop last millemium. Voire deux. En plus, ils ne parlent tout le temps que de religion, on les croirait dans une secte, c’est dire. Vraiment pas ton genre, je te promets.

Et puis tu pourras y manger des saucisses sans te sentir mal, parce qu’à ma table, c’est pas casher comme à celle du dude Jésus. Et du bacon, même. C’est pas trop mon truc, à moi, alors je te filerai le mien. Et t’auras pas à mourir à la fin et ressusciter par la suite. Au final, je te dis, c’est fichtrement mieux que la dernière cène, un déjeuner avec moi. Et pis, s’il fait beau, on ira à Hammersmith. Ce sera chic.

- That’d be delightful.

Damn right.

8.6.06

Joe Dassin était une rockstar



L’éclectisme musical, parfois, peut être l’incarnation de la bête. Exactement comme Damian dans The Omen, mais en plus sournois, parce qu’on ne peut pas prédire quand il frappera.

« Ah, t’as ça, toi, un Ipod. Je peux voir ce qu’il y a dessus? »
« Aight. Juste du bon. »
« Oh, je connais presque rien de ça… quoi? Joe Dassin? »

Pis d’un coup, j'ai compris que ma crédibilité jouait au funambule sur une mince corde raide. C’est chien, en plus, parce que, bon, c’est pas exactement de ma faute, si Joe est là. C’est une amie qui me l'a mis là. Mauvaise excuse, j’aurais pu l’enlever si j’avais voulu. Mais je l’ai pas fait. Parce que la kitcherie de Joe Dassin, je la trouve plus charmante que nullone. Justifier ça, c’est pas si évident. C’est trop facile pour n’importe qui de nous remettre sous le nez que Sonia Benezra a repris ses chansons, et que c’est plutôt elle, l’archétype de la fan dassienne. Assumer d’être aux côtés de ça dans une lutte pour le bon goût musical peut être ardu. Pas le choix de retrousser ses manches et de livrer un playdoyer en bonne et due forme pour le grand Joe. Il le vaut bien.

C’est en Amérique que Joe Dassin voit le jour. Une Amérique McCarthiste sale qui n’aime pas les gauchistes comme Jules Dassin, cinéaste. Dassin père le lui rend bien, et il préfère quitter le pays pour la Vieille Europe que de se faire taxer de sorcier communiste. Assez wise, quand on y pense. Si Simone Signoret avait fait la même chose dans le film Les Sorcières de Salem elle se serait sauvé bien du trouble aussi.

Ça empêchera pas Joe de revenir en Amérique après un séjour en Italie et en France. Joe commence à gratter sa guitare acoustique alors qu’Elvis, lui, entreprend la maîtrise de son irrésistible giration pelvienne. (Cela quelque quarante ans avant même que les Black Eye Peas ne pensent à chanter « My hump, my hump, my hump. » C’est dire comment ils n’ont rien inventé.) Pendant, donc, que Eddy Cochrane rocke autour de la clock, Joe Dassin joue du Brassens. Parce qu’il est too cool for school, il chante Gare au Gorille sur les campus américains, à contre-courant. Il se lie alors d’amitié avec un type nommé Robert Zimmerman. Un peu plus tard, on appellera ce même type Bob Dylan.

Joe Dassin passe ensuite son doctorat en anthropologie les doigts dans le nez. Pis il y en a encore, aujourd’hui, qui capotent parce que Greg Graffin, le chanteur de Bad Religion, enseigne la philo dans une université en Californie. Big fucking deal, oui. Est-ce que Greg Gaffin a été réalisateur associé sur le film Topkapi, gagnant un Academy Award pis deux Golden Globes? I think not. Dans sa face, à l’American Jesus.

Parce que bon, en artiste accompli, Joe a aussi écrit pour Playboy. Comme Arthur Miller, voilà. En plein dans la lignée de l’auteur de « Death of a Salesman ». Sauf que Joe Dassin préfèrera chanter « Si tu t'appelles mélancolie » que d’écrire des pièces de théâtre. (C'était 21 ans avant que les Smashing Pumpkins lui rendent hommage avec Mellon Collie and the Infinite Sadness) C’est bien son droit, il n’y a rien de mal à ça. Il a aussi écrit pour le New Yorker et dubbé des films américains. Pis je gage qu’il faisait ça mieux que Yves Corbeil et Bernard Fortin combinés. C’est ça avoir du talent. La polyvalence.

Quelques années plus tard, quand vient le temps de se marier, il ne le dira à aucun de ses amis. Il invite personne, mais il croise son parolier dans la rue en se rendant à la noce. Ce sera la seule personne à assister à cet événement. Pas étonnant d'apprendre que Joe finira sa première nuit d’homme marié saoûl comme une botte, sous la table d’un restaurant russe. Rock and roll attitude, oui. Cet homme était facile plus tourmenté que Kurt Cobain.

D’ailleurs, on n’a qu’à regarder les titres de certaines chansons pour se convaincre que Joe Dassin est un précurseur fabuleux. Quand il chante « Tagada, tagada, voilà les Dalton », en 1967, personne ne le remarque, mais il vient d’inventer le gangsta rock. Alors, moi, quand j’entends que c’est Ice T ou Niggaz With Attitude (NWA) qui a mis le gangsta rap à l’avant scène, je ris un peu dans ma barbe en pensant qu’il faut vraiment mal connaître son histoire musicale pour dire des conneries pareilles.

Idem pour sa chanson Marie-Jeanne (1967). Wyclef Jean en a fait un rip off complet sur The Eclefctic en 2000 avec la chanson « Something About Mary ». Mais qui est vraiment dupe? N’importe quelle chanson sur une fille qui s’appelle Marie-Jeanne, ça vient d’un gars qui touche occasionnellement au dutchie. Ça a pris 200 takes à Joe Dassin pour la finir, cette chanson. C’est dire.

Wyclef marchera encore dans les traces de Joe Dassin quand il reprendra « No woman no cry » avec les Fugees, en 1996. « Si tu penses à moi », c’était déjà ça, une reprise de Bob Marley en français, sur un beat disco-reggae. On était en 1976.

Pareil quand, en 1968, il enregistre la chanson « La bande à Bonnot ». Quelques décennies, des Irlandais forment un groupe de rock bidon, qu’ils appellent U2. Mais la bande à Bono, contrairement à celle chantée par Dassin, sera amie avec l’honorable Paul Martin. Est-ce que c’est vraiment rock and roll, ça? I think not. En 1969, Joe Dassin était au sommet des charts à Moscou, loin devant les Beatles. U2 n’arrivera jamais à la cheville de Ringo. Ils peuvent dire ce qu’ils voudront sur Make Poverty History, mais quand c’est le temps de faire l’histoire pour vrai, à qui on revient toujours? Joe. C’est du moins ses chansons qu’entonnèrent les étudiants protestataires devant les chars chinois sur la place Tiananmen. (C’est vrai)

« Golf is not allowed in our band », a un jour dit Bono. Joe Dassin, lui, a joué en équipe avec Arnold Palmer. Parce que c’est un gagnant.

Et puis, Joe Dassin est mort d’une overdose, à Tahiti. Crise du cœur my ass. Si l’histoire était écrite dans le sens du monde, elle se lirait ainsi : Dassin, Hendrix, Joplin : même combat.

4.6.06

Saddam était plus cool

Au combat des poupées, Stephen Harper se fait mettre knock out.


Et des poupées de Jalal Talabani (président) ou de Nouri al-Maliki (premier ministre)?
Que dalle. C'est dire comme on doit s'ennuyer du bon vieux temps, en Irak.

(Jean Chrétien aussi avait plus de poupées à son effigie)

Jolie certitude

"Every neutral in this World Cup will want Brazil to win (you don't need a poll to state this - it is a universally aknowledged truth)"
- The Observer Sport Monthly, 4 juin 2006

Gneeee, not. Je choisis les Bleus, facile.

2.6.06

Down with Ghandi







Dans ta face, Indira

Ronde de clock (outro)

Parce que The Soundtrack of Our Lives, c'est bien plus qu'un band suédois...

Chromeo - You're so gangsta

Playgroup Remix.

Ronde de clock (nitro)

Quarante livres dans les poches, je suis parti rencontrer le dude au coin de rue qu’il m’avait dit. Les premières fois, c’était de nuit. Ou alors c’est qu’il faisait noir plus tôt, hiver oblige. Reste que c’était plus gangsta. Je me posais là, accoté contre une porte de garage, à attendre un gars qui, selon tout ce que mes souvenirs avaient pu me rappeler, était black. La physionomie, ce n’est pas mon truc. Ça m’a probablement pris trois ou quatre rencontres pour finalement pouvoir le reconnaître à plus de 2 mètres de distance, en le voyant hocher de la tête et sourire.

Mais il ne se pointait jamais vraiment à l’heure. Alors moi, je me faisais un devoir de fixer tout ce qui avait un air louche de vendeur de dope. Et j’étais servi. Il y en a un paquet, de gens qui se promènent pour aller nulle part, dans ce quartier. Tu les vois passer une, deux, trois fois sur la même rue, se dirigeant nonchalamment vers nulle part, apparemment. Pis il y avait le big papa pimp, dans son char noir, qui parlait toujours au téléphone. Au début, je me disais « Ah, c’est drôle, il a l’air d’un big papa pimp, au téléphone dans son char noir ». Jusqu’à ce qu’il ouvre la porte de son auto et sorte prendre un peu d’air alors qu’il dealait une sud-américaine dont j’oublie le nom. « Ah yeah, you like that, do you? Yes, she charges extra for that », qu’il disait, en tournant le coin de rue. Soudain, je trouvais le pimping un peu plus crade qu’amusant. Ce n’était, après tout, que de la télémarquetterie mobile, pour ce gros type plutôt laid.

Puis, enfin, après quelques appels, Jason se pointe. Il marche un peu comme Travolta, en ralenti. Un peu comme si Michel Gondry lui avait injecté du funk dans les mollets, mais sous forme de Valium. Slick. « Hoy you doing John? » J’ai tellement une tête de John, que je me dis. Je pourrais trop ne pas passer pour Joe Foreigner, avec mon drôle d’accent. « Oaight, oaight». Je suis plus chill que Gilles Valiquette, big time. Il me dit de le suivre un peu dans la rue moins passante. Il a un point. Le nombre de chars de police qui passent sur l’autre rue est assez remarquable. Je l’avais noté, quand je m’étais demandé si mon comportement pourrait avoir l’air de n’importe quoi d’autre que d’un gars qui vient faire un deal, vu sur caméra. (La réponse est non). Je le suis un peu, il me montre le paquet qu’il a en main. Je sors mon argent, fuck la subtilité, je vais pas faire ça dans un échange de poignée de main. Je prends son weed, me le mets en poche, lui donne mon cash ensuite. Et c’est là qu’il me fait trop plaisir en me sortant ses classiques. « Any time John, any time » « Always a pleasure (x2)», qu’il sort son sourire de comme-si-on-était-potes-depuis-toujours et qu’il me tende le poing pour que j’y cogne le mien. So gangsta.

Une poignée de poing d’un dealer aussi cool, c’était pas mal l’équivalent de me faire appeler Brotha par mon boucher pakistanais, quand j’habitais dans Parc-Ex. Sauf qu’à la différence du garçon boucher, ça n’avait pas pris un an à Jason pour faire ça. Reconnaissance immédiate. Right on.

Une boulette odorante dans la poche, c’est toujours avec un sourire d’extase assez gamin que je revenais chez nous. Chaque personne que je croisais dans la rue, speedant sur mon bike, me faisait sourire. He can smell it, she can smell it, but I have it. Ha! Les chars de police, je leur souriais dans le dos. Ça compte pareil. Au Scrabble des sourires, ça vaudrait même pour double.

N’en déplaise aux agents de la loi, j’étais free as a bird, comme disait Lennon dans son succès posthume. (ou frit as a bird, comme disait le colonel Kentucky qui, lui aussi, aurait bien voulu avoir un numéro 1 au Billboard après sa mort. C’est pas arrivé. Toujours les mêmes qui ont tout.)
Même pas que j’aime l’herbe plus qu’il faut. Juste assez. Mais j’habite avec des enthousiastes. Qui mesurent le tout avec assez de minutie pour que c’en soit comique. S’ils étaient pas stoners, ce serait sans doute des gens hyper productifs. Trop, sans doute. Freaks. Alors je préfère qu’ils chillent en montant des fichiers Excel sur le rendement des divers dealers de Londres, plutôt que de s’adonner à pires vices. Keeping the costumer satisfied, that’s what I’m all about.

- So what was his name?
- Hummm. Funny that. I don't know. Yes, he told me. But you know, english, smenglish.

Il a fallu que je me résoude à lui redemander la fois d'après. je pouvais juste pas l'appeller mate jusqu'à la fin des temps.

- You're sure it's Jason? Not Jay's son. Son of Jay.
- You know, it could be. Whatever. Or maybe it's Jay san. Like that Daniel san boy in Karate Kid.
- Text him that next time. Do it. Call hime Jay son.
- Nah....

1.6.06

Ronde de clock (intro)

13:45 .
Hey mate, would a sixty at six o’clock be alright?
14:02
Yeh. No problem

Sur mon telephone, son nom c’est North End Road. Parce que c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. C’est Leif, un allemand de six pieds et plus à la tignasse d’Ostrogoth qui m’avait donné son numéro. Ironiquement, c’est moi qui avait l’habitude de fournir mes amis avant. Mais là, mes contacts en herbe avaient disparu dans la brousse. J’allais devoir me résoudre à faire du street achat. Sur la rue la plus dodgy du quartier, où t’as trois stands de vendeurs de cartes de téléphone international par coin de rue, des bouchers halals à toutes les diagonales, du monde à l’air crasse et mon marché de fruits, légumes et cochonneries favori. Il y a des marchands gueulards, des clients paumés de toutes nationalités, pis un marchand de fromage français qui fait le voyage dans sa van tous les dimanches pour installer son stand. C’est moins cher que sur le continent. Louche? Un peu. C’est l’idée.

J’avais rencontré Jason quelque part là, il y a environ un an. Beaucoup de coups de téléphone, il était dans un bar miteux, je voulais pas renter là. Je l’ai attendu au coin de la rue. Après avoir raccroché, je m’étais demandé pourquoi il avait pas pensé me demander de quoi j’avais l’air. Un peu une erreur de sa part, j’avais mon air de garçon de bonne famille. Ça fait que je matais pas mal tout ce qui passait qui pourrait avoir un air de drug dealer. Pas ma veine, il y en avait un tas. Fuck ça, je me suis dit. Mais il m’a rappelé, je l’ai vu dans une petite rue. Bang, il me met le stock dans ma poche de chemise. Je lui file un vingt. Bingo.

Ça m’a pris un an avant de le rappeler. Mes colocs avaient un dealer plus fiable chez qui ils faisaient affaire. Un trajet d’une demi-heure en char, à subir la conduite kamikazo-sportive de James, pis son gangsta rap. Niggers with attitude à fond de tonne, sur des speakers pétés qui se faisaient gentiment démolir dans le coffre arrière à chaque tournant brusque. Rock. Je comprenais pas vraiment pourquoi il fallait aller jusque dans Ealing pour s’approvisionner, mais comme c’était pas mon char ni moi qui faisait la run, je lui filait le odd-twenty pis je m’en contentais. James avait monté un fichier Excel qui semblait lui donner raison. Ça comparait environ quatre dealers pis toutes leurs transactions. Il y avait deux courbes. Ce que, théoriquement, on devrait avoir pour le montant payé, pis ce que chacun nous avait donné à chaque fois. Il pouvait calculer combien on avait perdu dans une année en quantité et argent. Et comme les courbes allaient en se rapprochant à mesure que l’on devenait habitués à ce gars-là qui dealait de chez-lui, il pensait qu’on obtenait peu à peu un traitement de faveur. Alors il continuait d’y aller, convaincu du bien-fondé de sa logique calculatrice.

Mais un bon jour, alors qu’il était tard, moi pis Jack on s’est retrouvé à sec. La fin de semaine s’amenait, pis James était quelque part dans un congrès ou une quelconque activité corporative. Il allait probablement revenir en disant « gneee, free booze and hotel, blablabla » pis je hausserais un peu les épaules en prétendant que c’est cool. Toujours est-il qu’il était un peu hors de question de se taper une heure et quart de métro pour aller dans l’ouest cueillir de la dope. J’avais encore le numéro de Jason sur mon téléphone.

- I could call him.
- Yeah, do it.
- I don’t want to though. Do you want to do it?
- Nah, he knows you
- Well, not really. It’s been a year.
- It’ll be fine. Just be normal. Actually no, not your normal. Be chill.
- Ok, ok. I’ll do it. What do I say?
- I don’t know. Hi mate, can I have a quarter?
- A quarter is forty quid, right?
- Yes, a quarter, or a Q.
- He’ll know that?
- Of course.
- I can’t call him mate, we’re not mates. I have seen him once last year. He won’t remember me anyway.
- Yes, just say you had his number from Leif.
- Alright, alright. Maybe I can send him a text.
- No, call him.

Il était tard, j’avais pas envie d’argumenter. J’ai pris mon téléphone, sélectionné North End, pis je l’ai appelé. J’avais aucune idée c’était quoi son nom. Tout ce dont je me rappelais c’est qu’il était black pis qu’il avait une voix assez grave pour le physique qu’il avait.

- Hi mate.
- Hi, who’s speaking
- Erm.. John (j’ai regardé Jack, qui hocha de la tête approbativement. Bon nom de code). I met you a while ago on North End Road.
- Alright.
- Would you have a Q for me tonight mate?
- Yeah, man, no problem. Where are you?
- Fulham…
- Ok, you know the Sainsbury Express on Fulham palace Road….

Il me donna les directions pour aller le rencontrer dans Hammersmith. Too easy. En bike, je faisais ça en 5 minutes. Fuck j’aimais pas ça dealer pour mes amis. Pourquoi je pouvais pas avoir du stock sans effort? Est-ce que c’est trop demander, ça? Après tout, ma consommation était plutôt marginale comparée à la leur. Mais je leur en devait une.

(oui, il y a une suite)

Fresh dans ta face



Aight. Premier juin. Ça sent déjà le roussi.